Dans les couloirs d’une école de Montréal, une éducatrice en service de garde rassemble ses affaires. Elle travaille ici depuis quinze ans. Les enfants l’adorent. Ses collègues la respectent. Mais ce matin-là, elle n’a pas le droit de rester — parce qu’elle porte un hijab. Ce scénario, des centaines de familles maghrébines le vivent aujourd’hui comme une réalité douloureuse. Les éducatrices voilées licenciées à Montréal ne sont plus un cas isolé : elles sont désormais près de 150, congédiées en vertu de la nouvelle loi sur la laïcité dans le réseau scolaire.
Ce qui se passe dans les écoles montréalaises touche directement notre communauté maghrébine. Et il est important d’en parler — avec clarté, avec respect, et sans détour.
Ce que dit la loi 94 sur la laïcité scolaire
Le 30 octobre 2025, l’Assemblée nationale du Québec a adopté le projet de loi 94, intitulé Loi favorisant la laïcité dans le réseau de l’éducation. Ce texte législatif, entré en vigueur le 20 mars 2025 dès son dépôt, impose à tous les employés des centres de services scolaires de ne porter aucun signe religieux visible dans l’exercice de leurs fonctions.
Concrètement, cela signifie qu’une éducatrice en service de garde, une technicienne en éducation spécialisée (TES), une surveillante du dîner ou une préposée aux élèves handicapés ne peut plus porter le hijab au travail — sous peine de congédiement.
Le Centre de services scolaires de Montréal (CSSDM) a envoyé des lettres de mise en demeure à 734 employés de soutien, leur demandant de signer un formulaire de conformité. La majorité a accepté. Mais environ 150 personnes refusent toujours de se plier à cette exigence, par conviction religieuse profonde. Ces éducatrices voilées licenciées à Montréal sont officiellement considérées, selon les termes de la loi, comme « inaptes à exercer leurs fonctions ».
Une formulation qui fait mal.
Des femmes compétentes, des départs déchirants
Ce qui frappe dans cette situation, ce n’est pas seulement le chiffre — 150 licenciements — c’est la façon dont ces départs se vivent, au quotidien, dans les établissements scolaires.
Michel Béchard, président de l’Association professionnelle du personnel administratif (APPA), affiliée à la CSN, raconte une scène qui résume tout : « Il y avait une situation où la direction pleurait avec l’éducatrice dans le bureau. Quand l’éducatrice est allée dire au revoir à son groupe d’enfants, ceux-ci ne comprenaient pas et se sont mis à pleurer. »
Des femmes qui portent leur symbole religieux depuis dix, quinze, parfois trente ans. Des professionnelles appréciées, compétentes, intégrées. Des éducatrices voilées licenciées à Montréal qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans emploi — non pas pour une faute professionnelle, mais pour un choix de foi.
Annie Charland, présidente du secteur soutien scolaire de la FEESP-CSN, confirme que beaucoup de ces congédiements se déroulent « dans la peine et la douleur ». Elle soulève aussi une préoccupation pratique : chaque éducatrice en service de garde encadre en moyenne vingt enfants. Quand elle part, ce sont vingt enfants qui perdent leur repère — et les collègues restantes qui doivent absorber la charge.
La laïcité a un coût humain. Et ce coût, c’est souvent une femme musulmane qui le paie seule.
Impact sur les écoles et inquiétudes des directions
Du côté institutionnel, les avis divergent — et les tensions sont visibles.
Le porte-parole du CSSDM, Alain Perron, reconnaît que ces départs « vont accentuer les pénuries dans certains secteurs », mais assure qu’il n’y a « absolument pas » de risque de rupture de service, grâce à des listes de rappel contenant plusieurs centaines de noms.
Kathleen Lego, présidente de l’Association des directions d’établissements scolaires de Montréal (AMDES), est beaucoup moins rassurée. « Quand des éducatrices en service de garde sont absentes, on ne trouve pas toujours de remplaçants. C’est pareil pour les TES. Alors je suis inquiète », dit-elle sans détour.
Pour les familles maghrébines installées à Côte-des-Neiges, à Saint-Léonard ou à Laval — Chomedey, où les enfants de la diaspora sont nombreux dans les services de garde scolaires — cette situation crée une incertitude réelle. Certains parents se demandent déjà si la qualité de l’encadrement de leurs enfants sera maintenue.
Il est également utile de rappeler le contexte plus large : la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21), adoptée en 2019, interdit déjà le port de signes religieux à certains fonctionnaires en position d’autorité. La loi 94 vient étendre cette logique au réseau scolaire dans son ensemble. Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ), ces lois soulèvent des questions sérieuses quant au respect de la liberté de conscience et d’expression des travailleuses concernées.
Ce que cela signifie pour la communauté maghrébine
Pour beaucoup de Marocaines, d’Algériennes et de Tunisiennes installées au Québec, ces licenciements résonnent comme un message ambigu : vous êtes les bienvenues au Canada, mais à condition de vous effacer.
Chez Maghrébins du Canada, nous suivons de près les enjeux qui touchent la diaspora maghrébine — qu’il s’agisse d’immigration, d’intégration, de droits ou de vie quotidienne à Montréal et dans l’ensemble du Québec. Ce dossier nous concerne directement.
Il ne s’agit pas ici de prendre position pour ou contre la laïcité comme principe. Il s’agit de nommer ce qui se passe : des femmes perdent leur emploi à cause de leur foi. Et cela mérite d’être dit, documenté, et discuté — au sein de notre communauté comme dans la société québécoise en général.
Si vous ou une proche êtes concernée par cette situation, nous vous encourageons à consulter les ressources disponibles. Des organismes comme le CITIM (Carrefour d’intégration) accompagnent les immigrants et les travailleuses dans leurs démarches. Des cliniques juridiques offrent également des consultations gratuites pour mieux comprendre vos droits au Canada.
Conclusion
Les éducatrices voilées licenciées à Montréal ne sont pas une statistique. Ce sont des femmes, des professionnelles, des membres de notre communauté — qui ont choisi de rester fidèles à elles-mêmes, au prix de leur emploi.
Cette situation appelle à la réflexion collective. Comment construire une société qui accueille la diversité tout en respectant ses propres valeurs ? Comment protéger les droits des travailleuses tout en appliquant la loi ? Ces questions n’ont pas de réponse simple — mais elles méritent d’être posées, ici, ensemble.
Partagez cet article avec les membres de votre communauté. Et si vous souhaitez réagir, témoigner ou poser une question, les commentaires sont ouverts.
FAQ : éducatrices voilées licenciées à Montréal
Combien d’éducatrices voilées ont été licenciées à Montréal ?
Environ 150 employées de soutien scolaire du CSSDM refusent toujours de se conformer à la loi 94 et ont été congédiées ou sont en voie de l’être. Parmi elles, on compte des éducatrices en service de garde, des TES, des surveillantes et des préposées aux élèves handicapés.
Quelle loi est à l’origine de ces licenciements ?
La Loi favorisant la laïcité dans le réseau de l’éducation (projet de loi 94), adoptée le 30 octobre 2025 et en vigueur depuis le 20 mars 2025, interdit le port de signes religieux aux employés des centres de services scolaires du Québec.
Les éducatrices licenciées peuvent-elles contester leur congédiement ?
Oui. Des recours syndicaux et juridiques sont possibles. Les syndicats comme la FEESP-CSN accompagnent les employées concernées. Des organismes d’aide juridique peuvent également offrir un soutien.
Est-ce que la loi 94 est différente de la loi 21 ?
La Loi 21 (2019) interdit les signes religieux aux enseignants et à certains fonctionnaires en position d’autorité. La loi 94 élargit cette interdiction à l’ensemble des employés du réseau scolaire, y compris le personnel de soutien.
Où trouver de l’aide si je suis concernée par cette situation ?
Vous pouvez contacter votre syndicat, le CITIM, ou la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) pour connaître vos droits et explorer vos options.
